Histoires

Anecdotes

concernant des villes de Provence

Aix-en-Provence, la capitale des hommes cruels

La première pierre d'Aix-en-Provence a été posée à 3 km au nord de la ville actuelle sur la colline de Puyricard, par le peuple gaulois des Salyens.

La cité ainsi élevée que le Moyen Âge baptisa Entremont et dont on peut aujourd'hui visiter les ruines, prit rapidement l'allure d'une capitale. Les Salyens, dans une époque guère tendre, étaient célèbres pour leur cruauté. Les gaulois, comme la plupart des peuples septentrionaux, avaient des coutumes étranges ou pas assez leur barbarie et leur férocité.

Tel est, par exemple, l'usage de suspendre au cours de leurs chevaux, en revenant de la guerre, les têtes des ennemis qu'ils avaient tués, et de les exposer ensuite devant leur porte. Les Salyens régnaient sur toute la plaine, jusqu'au Rhône à l'ouest et à la Durance au nord.

Le crâne, d'abord simple butin de guerre, comme les oreilles et la queue du taureau, devint vite le support matériel d'une croyance en la survie magique, support que les mortels devaient honorer pour assurer à la tribu féroce, richesse et prospérité.

Arles, Les îles d'Arles

À l'origine, la région arlésienne n'était pas asséchée comme aujourd'hui. La Méditerranée formait un profond estuaire, qui a disparu et le Rhône alimentait de vastes marécages, que l'effort des hommes finit par faire aussi disparaître.

Quelques îles rocheuses formaient alors un territoire facile à défendre : île de Cordes, du Castelet, de Montmajour, île d'Arles (entre le Rhône et le marais du port de Crau) qui toutes, furent occupées, dès la fin de l'âge de pierre, par une tribu assez importante pour y avoir dressé des constructions mégalithiques considérables dont quelques-unes seulement sont parvenues jusqu'à nous.

Dans les environs immédiats d'Arles, l'abbaye de Montmajour s'élève sur un ancien lieu sacré préhistorique. Trois églises y furent construites à partir de 918. Les pèlerins y vénéraient surtout deux sanctuaires : la grotte de Saint-Trophime, caverne en partie creusée de main d'homme, et la chapelle souterraine. Dès 976, les moines entreprirent avec succès d'assécher le lac Désuviatique. Mais ils ne parvinrent pas à faire entièrement disparaître cette immense zone pestilentielle, cause probable des terribles épidémies qui décimèrent périodiquement la population.

Lors de chacune de ces épidémies, le peuple d'Arles organisait d'immenses pèlerinages à Montmajour pour demander au ciel la fin du fléau. Mistral raconte qu'il y a vu revenir les habitants de quelques villages particulièrement fidèles aux traditions les plus anciennes. Nombreux furent les chrétiens qui voulurent en finir leur dernier sommeil dans cette terre miraculeuse, protégé par Saint-Trophime.

Tous ces morts n'étaient arlésiens, le Rhône a porté les défunts que ses riverains lui confiaient, enfermés dans des tonneaux enduits de poix et portant avec eux l'obole destinée à payer le droit de mortellage. Ces étranges vaisseaux que la main de Dieu conduisait venait de même aborder au rivage sacré.

Un jour des jeunes gens de Beaucaire dépouillèrent un mort de l'argent qu'il portait. Le tonneau mortuaire revint alors sans cesse sur les lieux du vol, malgré le courant. Ce prodige alerta les autorités découvrir les coupables et les punirent sévèrement.

Les Baux de Provence, des squelettes démontables

Au moment où les premiers Grecs envahissent les comptoirs de la basse Provence, les Bringassiens devant parler le ligure, s'aventurent à découvrir l'éperon des Baux.

En dehors du rempart de la pointe nord, ils ont laissé deux étonnants cimetières : l'un très romain, l'autre gallo-romain.

Certaines tombes surprendront par leur petitesse : ce ne sont pas des tombes d'enfants, mais des boîtes contenant des ossements d'adultes démontés, à cause du manque de place, et soigneusement rangés. Au-dessus des sépultures, d'habiles rigoles préservaient à la fois les défunts d'un pourrissement prématuré et les vivants d'une humidité désagréable.

La Camargue, le paradis né de l'enfer

L'univers de l'ancienne Camargue, avec ses terres mouvantes, surprend et inquiète encore les géographes.

La ligne du rivage subit, au cours des siècles, d'infinies modifications. L'intérieur forme une île immense et flottante, brisé en 1000 morceaux instables et spongieux, justement nommés radeaux.

Les pêcheurs gaulois se servaient de cuivre à pointe barbelée, de tridents de fer et de filets lestés de poids en terre cuite ou en plomb. Ils pêchaient le thon en poursuivant les bancs depuis les colonnes d'Hercule. La pêche se faisait à l'aide de Crocs en fer en forme de gros hameçons, ou de filets, "les madragues", dont l'usage s'est maintenu jusqu'à nos jours et qui ont donné leur nom à plusieurs des ports de la côte méditerranéenne. L'Etang de Vaccarès devint ainsi, à l'aube des temps modernes, la grande réserve des poissons du delta. Il devait être alors plus large et moins profond.

Lorsque soufflaient les vents étésiens, le fond de cet étang se soulevait. Les terres s'amassaient et formaient une telle couche de poussière que sa surface en devenait solide, prenant l'apparence du fond, de telle sorte que les habitants pêchaient au harpon tout le poisson qu'ils voulaient.

Pour conserver ces poissons sortis de terre, les populations primitives utilisaient de grandes jarres. Auparavant on mettait le poisson à saler dans des bassins spéciaux. Les salaisons Camarguaises furent progressivement distribuées dans tout le monde Méditerranéen, au même titre que la saumure dont les Romains faisaient un de leurs condiments favoris, ou les huîtres, elles aussi conservées dans le sel et que l'on emportait jusqu'en plein cœur de la Gaule.

La Crau, une mer de galets

Comment s'est formée cette mer de galets et de graviers qui s'étendait jadis sur 50 000 ha et atteignait à certains endroits 15 m d'épaisseur ?

Aristote prétendait que la terre, secouée par de terribles tremblements, avait vomi à sa surface tous ces cailloux qui s'accumulèrent là où le relief était le moins accusé.

Selon Posidonius, la plaine aurait été autrefois un lac dont les eaux se seraient transformées en un vaste champ de glace ; des convulsions géologiques auraient alors fragmenté ce champ de place en une multitude de cailloux, de pierres et de galets.

Strabon semble avoir serré de plus près de la vérité en assurant que ces pierres devaient être les débris de quelques grands rochers qui se seraient brisés à différentes époques.

Pour les géologues modernes, ce gigantesque support de galets a été, pour une part l'œuvre de la Durance qui se jetait jadis directement dans la mer par le Pertuis de Lamanon, pour une autre part celle du Rhône lui-même.

Arrachés au flanc des Alpes, pierres et galets furent roulés pendant des siècles avant que les changements de cours du Rhône et de ses affluents délaissent à découvert là, où précisément leur accumulation forme la Crau.

Eyguières, le château des poètes

Au-dessus de la route qui mène de Miramas à Eyguières, se dressent les ruines du Castellas de Roquemartine, l'ancien poste de péage des comtes de Provence.

Au XIIIe siècle, ce château était le rendez-vous de la bonne société du pays. Le seigneur accueillait volontiers les étrangers et donnait des fêtes brillantes auxquelles participaient de nombreux troubadours et poètes de la cour. On raconte à ce propos, que Pierre de Châteauneuf, l'un des plus beaux esprits de la cour, à son retour de Roquemartine, fut pris par quelques larrons qui brigandaient les passants, et après l'avoir démonté et ôté son argent et dépouillé jusqu'à la chemise, voulurent le tuer ; le poète les pria de lui faire cette grâce d'ouïr une chanson qu'il dirait avant de mourir ; ce qu'ils firent. Il se mit à chanter sur sa lyre un chant à la louange de ces brigands. Ceux-ci furent contraints de lui rendre son argent, son cheval et ses accoutrements, si grand plaisir pris à la douceur de la poésie.

En 1384, le château fut pris et pillé par les Tuchins, bandits peu sensibles à la poésie. Ils n'y laissèrent que des ruines et des larmes.

Fos sur mer, la ville lumière

On a voulu tirer le nom de Fos des fosses Mariennes, ce gigantesque canal que Marius fit creuser par ses soldats sur le grand Rhône.

Mais cette étymologie est fort hasardeuse. Car le nom de la ville, bien antérieur à la présence romaine vient plus probablement du grec, ou ce mot signifie feu ou lumière.

Fos fut un très important relais maritime pour les Romains. La carte de Peutinger lui accorde en effet un rôle comparable à celui d'Ostie. Ce port là, situé en aval de ce qui est aujourd'hui la toute petite plage de Fos, n'est plus visible. On l'a retrouvé dans les années 40 au fond de la mer.

Marignane, piste pour soucoupes volantes ?

Etrange histoire que celle de Marignane et ses soucoupes volantes. Les soucoupes volantes ont atterri deux fois, en 1952 et en 1954 sur l'aérodrome de Marignane, qui se trouve être ainsi le champ d'aviation français favori des martiens.

Il était 2h03, heure locale. Le courrier postal Nice-Paris venait de décoller, lorsque dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 octobre 1952, un douanier aperçut un objet lumineux qu'il prit tout d'abord pour une étoile filante, puis pour un avion à réaction sur le point d'atterrir. Dans un silence total, l'engin tomba littéralement du ciel et se posa sur le sol à proximité du bâtiment de la météo. Sans lâcher son casse-croûte, le douanier se précipita vers l'engin qu'il décrivit ensuite comme un énorme ballon de rugby métallique pourvu de quatre hublots éclairés. Il n'en était plus qu'à une cinquantaine de mètres, lorsque les hublots s'éteignirent et que, dans une gerbe d'étincelles, l'engin disparut en un éclair. Alerté trop tard, les services de l'aérodrome ne purent que prendre note du rapport du douanier.

Le 4 janvier 1954, à 21 heures, un pompier aperçut à son tour un engin étrange qui descendait en direction de la piste ouest du terrain. Le disque toucha le sol, rebondit doucement et s'immobilisa. Le témoin se précipita vers un bâtiment voisin, décrocha le téléphone et avertit l'officier de quart. Lorsque celui-ci braqua un projecteur dans la direction indiquée par le pompier, l'engin avait disparu…

Le lendemain, en examinant minutieusement le terrain, on découvrit quelques tiges métalliques, d'une quinzaine de centimètres de longueur, portant une petite bille à leur extrémité, ce qui permit aux sceptiques de déclarer qu'il s'agissait, en réalité, de "campanettes", les clochettes des moutons qui venaient fréquemment paître non loin de là.

Marseille, le français parlé de Marseille

La langue française est devenue officielle en 1539 et, pourtant, en 1644, plus d'un siècle plus tard, Madeleine Escudery écrivait : « De tout ce grand nombre de femmes de l'aristocratie marseillaise, il n'en existe pas plus de six ou sept qui parlent français. »

Malgré ces réticences, les Marseillais se mirent tout de même, petit à petit, à la langue officielle ou plutôt, créèrent un français de Marseille, truffé de mots locaux, de tournures particulières, qui, bien que tendant peu à peu à se perdre, continuent à être couramment utilisés de nos jours, surtout dans les quartiers populaires.

 

Marseille, un beau carreau

La célèbre pétanque, inventée à La Ciotat, tire son origine du jeu de quilles dont les Marseillais auraient un jour supprimé les quilles.

Les premiers essais eurent lieu le 28 avril 1792. Des gardes nationaux organisèrent une compétition dans une salle basse du couvent des Récollets, alors transformée en arsenal. Ils se servirent imprudemment pour cela, de petits boulets qui firent quelques étincelles sur les dalles : il y eut 38 morts et de nombreux blessés.

Jusqu'à l'invention Ciotadine du vrai jeu de pétanque, on revint sagement à l'usage des quilles.

Martigues, des statues sans nom

L'origine du nom de la Venise provençale est suffisamment obscure pour que la légende s'en soit emparée. Au temps de Marius, on parlait déjà de Marticum stagnum, le Marais marthique, et l'on assure qu'il fut ainsi nommé à cause de Marthe, la belle devineresse salyenne, dont les prophéties étaient fort prisées par le général romain.

Mais l'appel de l'Antiquité la plus reculée, bien antérieure à la période romaine, se fait encore sentir dans les églises où, paradoxalement, se réfugient les légendes païennes, comme si le rapprochement des religions, celle qui s'effondre et celle qui s'épanouit, était le plus sûr gage de leur pérennité. L'une renferme d'étranges statues si émoussées qu'il est difficile aujourd'hui d'y reconnaître Protis, Gyptis et Euxène, dont les fiançailles devaient décider du destin de Marseille.

Dans la deuxième église, une stèle d'autel antique portant des inscriptions du temps de Tibère souligne l'importance culturelle de l'antique Martigues. Là,  aurait flambé l'hôtel nuptial de la Grèce et des Gaules. Là, aurait été consommé le grand hymen civilisateur.

Port Saint-Louis du Rhône, les îles artificielles

La tour Saint-Louis date de 1737. Elle était alors établie sur le rivage. Elle se trouve aujourd'hui à 9 km de l'embouchure du Rhône. Le fleuve n'ayant cessé de gagner sur la mer par des atterrissement successifs, les Massaliotes, au fur et à mesure de l'avancée de l'embouchure, durent dresser des tours phares de chaque côté de la rive. On n'en comptait pas moins de 10 à la fin du XIXe siècle.

Cette étonnante marche du fleuve à l'intérieur de la mer a eu pour conséquence un phénomène non moins curieux : l'apparition d'îles artificielles devant l'embouchure, là où le Rhône apportait chaque année 17 millions de mètres cubes de sable et de vase. À mesure que le fleuve avançait ses berges vers la mer, il se forma une série d'îlots éphémères. Un navire naufragé, une épave, un simple piquet pouvait donner naissance à l'un de ces îlots. C'est ainsi qu'ont été formés les theys de la Tartane, du Roustan, de l'Annibal,… qui portent les noms des bâtiments échoués sur le seuil de la barre. Ces theys se développent chaque jour ; il se soudent entre eux, sont ensuite émoussés par les coups de mer, disparaissent quelquefois complètement et, en définitive, prolongent les deux promontoires du Rhône, dont l'avancement annuel est en moyenne de 70 m.

Saint-Chamas, les grottes troglodytes 

La colline qui sépare le village en deux parties, le Delà et le Pertuis, est truffée de grottes qui servirent d'habitat préhistorique.

Certaines de ces grottes sont toujours habitées et sont qualifiées de maisons troglodytes.

Les Saintes-Maries-de-la-Mer, une ville engloutie

On a localisé au large de la côte des vestiges sous-marins d'un premier habitat, antérieur à l'implantation gréco-latine.

Le cordon littoral a très sensiblement reculé, depuis les débuts de l'histoire, sous les assauts de la mer. Au Moyen Âge, les Saintes-Maries actuelles se trouvaient à une demi-lieue à l'intérieur des terres.

Saint Mitre les remparts, Mithra sanctifié

Le nom de Saint Mitre est attesté un peu partout en Provence. Il semble bien que ce soit une déformation chrétienne du culte de Mithra, le dieu-taureau dont on retrouve les traces aussi bien à Aix en Provence, à Marseille, qu'à Bagnols-sur-Cèze.

Mitre lui-même, qui perdit un jour la tête, voulant imiter Denys l'Aéropagite, la porta sur quelques kilomètres, sema le sol aixois d'étranges légendes et de miracles stupéfiants. À un kilomètre au sud-ouest de Saint-Mitre-les-remparts, existe les restes d'un tunnel romain qui reliait l'étang du Pourra à celui d'Engrenier. Ce tunnel fit partie d'énormes travaux lacustres destinés à transformer Fos-sur-Mer en un grand port relié à Arles par le canal des Fosses-Mariennes.

À 2 km au nord-ouest, dominant l'Etang de Lavalduc, se dresse la petite chapelle de Saint-Blaise. Elle recouvre le plus extraordinaire emplacement de cités de toute la Provence. Un document de 874 signale la destruction complète d'Ugium (ancienne ville de 2000 âmes située sur l'actuel site Saint-Blaise) par des Barbares, Sarrasins ou Normands. En 1231, l'archevêque d'Arles demanda aux habitants de construire une nouvelle enceinte pour se protéger des pillards. Ce château vieux, appelé vulgairement Castelveyre ne servit à rien contre les bandes de Raymond de Turenne. En 1390, il ne resta qu'une chapelle étriquée, des moellons enterrés et des tombes dans le rocher. Les survivants décidèrent d'abandonner le site et de reconstruire leur habitat sur une colline voisine.

Salon-de-Provence, ici reposent les os de Michel Nostradamus

Descendant d'une antique famille juive du Comtat nouvellement converti au catholicisme, Michel de Nostredame naquit en décembre 1503. Très jeune il partit s'instruire en Avignon. Il y étonna ses maîtres par une mémoire et une agilité d'esprit stupéfiante. À peine avait-il l'usage de sa raison, qu'il décidait mille petites questions curieuses. Un soir, se promenant avec des camarades, il les détrompa pas de ce qu'ils croyaient que les étoiles se détachaient du ciel lorsqu'ils voyaient ces petites traînées de feu en l'air, que les philosophes appelaient astres errants.

Il leur apprit que c'étaient des exhalaisons sulfureuses que le vent allumait comme le vent allume les charbons. Il leur enseignait aussi que le monde était rond comme une boule, et que le soleil qui paraissait à notre horizon éclairait l'autre hémisphère. Il parlait si souvent et avec tant de plaisir des météores et des astres, qu'on l'appela le jeune astrologue. Dans l'église Saint-Laurent, sur le mur latéral gauche de la chapelle de la vierge, une épitaphe reconstituée en 1813, dont le texte original a été perdu se traduit ainsi : « ici reposent les os de Michel Nostradamus, le seul de tous les mortels dignes d'écrire, avec une plume presque divine, les grands événements qui, à l'avenir, arriveront dans l'univers, selon l'influence des astres. »

Vauvenargues et Picasso

Le château de Vauvenargues bâti sur une sorte d'avancée de terrain offre ses tours majestueuses aux quelques rayons de soleil qui échappent à l'impressionnant écran de la Sainte-Victoire. Pablo Picasso se rendit acquéreur de cette demeure qu'habita jadis Vauvenargues.

On dit que celui-ci, amoureux d'une sémillante indigène et déçue de la voir repousser ses avances, en éprouva un violent dégoût pour la Provence en général, et les provençales en particulier.